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Servitude Expertise — droits, démembrement & surfaces

Aussi appelé : Servitude de passage · Servitude de vue · Servitude non aedificandi · Charge foncière réelle · Servitude conventionnelle

Charge grevant un terrain (fonds servant) au profit d'un autre terrain (fonds dominant) : passage, vue, non-constructibilité. Elle suit le bien, pas le propriétaire — et pèse sur la valeur.

Une servitude est une charge imposée à un immeuble pour l'usage d'un autre immeuble appartenant à un propriétaire différent (art. 637 du Code civil). Elle est attachée au fonds, pas à la personne : elle se transmet automatiquement à l'acquéreur, qui la subit même s'il ne l'a pas négociée. On distingue les servitudes légales (passage pour cause d'enclave, écoulement des eaux, vues et jours), les servitudes conventionnelles établies par un titre, celles nées de la destination du père de famille, et celles acquises par prescription trentenaire — cette dernière voie n'étant ouverte qu'aux servitudes à la fois continues et apparentes (art. 690). À part, les servitudes d'utilité publique issues du PLU (alignement, protection de monument, plan de prévention des risques) ne relèvent pas du même régime et n'ouvrent en principe pas droit à indemnité.
ExempleUn pavillon est grevé d'une servitude de passage de 3 m au profit du voisin enclavé. La bande traversée est inutilisable et la jouissance du jardin est amputée : l'expert retient une décote de 5 % sur la valeur vénale libre. À l'inverse, le fonds dominant bénéficiaire du passage voit sa valeur confortée — sans cet accès, il serait enclavé.

Définition détaillée

La servitude est un angle mort classique de l'évaluation, parce qu'elle est invisible sur les photos et souvent absente de l'annonce. Elle se lit dans l'acte de propriété, dans l'origine de propriété trentenaire et dans les documents publiés au service de la publicité foncière — jamais sur le terrain seul. Or son effet sur la valeur peut être considérable et asymétrique : une servitude non aedificandi qui interdit de bâtir sur la moitié d'une parcelle détruit le potentiel constructible et peut faire perdre 20 à 30 % de la valeur du terrain ; une servitude de vue limite les possibilités d'extension ; une servitude de cour commune conditionne le gabarit constructible. À l'inverse, le fonds dominant capte la valeur correspondante. Pour l'expert, deux réflexes : (1) ne jamais conclure sans avoir demandé le titre de propriété et l'état hypothécaire, (2) si les servitudes n'ont pas pu être vérifiées, le dire explicitement en hypothèse de travail plutôt que de laisser croire à une évaluation en pleine propriété libre de charges. Le cahier des charges de lotissement joue un rôle voisin : ses clauses restrictives (usage exclusivement pavillonnaire, interdiction de division, règles d'implantation) s'imposent contractuellement aux acquéreurs successifs et bornent l'usage optimal du bien.
Pourquoi c'est important ?

C'est le type de charge qui rend une évaluation attaquable. Un rapport qui conclut à une valeur vénale sans avoir vérifié les servitudes s'expose à être démonté dès qu'un acquéreur découvre la servitude de passage dans l'acte — et l'écart de valeur n'est pas cosmétique : de quelques pour cent pour un droit de passage marginal, jusqu'à un tiers de la valeur pour une interdiction de construire. Vérifier les servitudes, c'est vérifier ce qu'on évalue réellement.

Expliqué simplement (ELI5)

Imagine que ton voisin a le droit de traverser ton jardin pour rentrer chez lui, parce que c'est écrit depuis toujours. Tu ne peux pas l'en empêcher, même si tu viens d'acheter la maison : ce droit est collé au terrain, pas à la personne. Du coup ton jardin vaut un peu moins cher, et celui du voisin un peu plus.

Sources Code civil — Des servitudes ou services fonciers (art. 637 et s.) · Investopedia — Restrictive Covenant

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